Une crotte de hérisson, c’est un petit cylindre noir et brillant de 2 à 5 cm, souvent pointu à une extrémité, pailleté de fragments d’élytres de scarabées, déposé isolément au milieu de la pelouse ou de l’allée. Si c’est ce que vous trouvez le matin, bonne nouvelle : un hérisson d’Europe, espèce protégée et en déclin, a choisi votre jardin pour chasser. Voici comment en être sûr (et ne pas la confondre avec celle du chat, de la fouine ou du rat), ce qu’elle dit de la santé de l’animal, les précautions d’hygiène réelles, et comment le garder chez vous.
Comment reconnaître les crottes de hérisson ?
- Taille : 1,5 à 5 cm de long, 0,8 à 1 cm de diamètre. Plus petite que celle d’un chat, plus grosse que celle d’un rat.
- Forme : cylindre régulier, souvent effilé à un bout, parfois légèrement courbé. Pas torsadée.
- Couleur : noir à brun très foncé, surface brillante et vernissée quand elle est fraîche, mate en séchant.
- Contenu : c’est le signe qui ne trompe pas. À la lumière, on voit des éclats irisés de carapaces de coléoptères, des fragments de pattes d’insectes, parfois des morceaux de coquilles d’escargot ou des noyaux de petits fruits en fin d’été.
- Odeur : faible, un peu musquée, rien de comparable au chat ou au renard.
- Emplacement : déposée isolément, à découvert, sur la pelouse, une allée, une terrasse, à proximité d’une haie ou d’un tas de bois. Le hérisson ne marque pas de territoire et n’enterre rien : il défèque là où il passe, souvent sur ses trajets de chasse nocturnes, qui se répètent d’une nuit à l’autre.
Il peut en laisser plusieurs par nuit, réparties sur son parcours, qui couvre 1 à 3 km et traverse souvent une dizaine de jardins.
Crottes de hérisson dans le jardin : bonne ou mauvaise nouvelle ?
Excellente nouvelle. Le hérisson d’Europe (Erinaceus europaeus) a perdu une grande partie de ses effectifs en Europe de l’Ouest depuis vingt ans (collisions, pesticides, tondeuses robots, disparition des haies) et il est classé « quasi menacé » sur la liste rouge européenne de l’UICN depuis 2024. Sa présence signifie que votre jardin offre de quoi manger — donc une faune du sol vivante — et au moins une cachette.
C’est aussi un auxiliaire précieux : en une nuit, un adulte avale 50 à 70 g de proies, principalement des coléoptères, des chenilles, des vers de terre, des larves, des perce-oreilles, et dans une moindre mesure des limaces et escargots (il en mange, mais moins qu’on ne le dit, et ils lui transmettent des parasites).
Point légal : le hérisson est intégralement protégé en France par l’arrêté du 23 avril 2007. Il est interdit de le capturer, de le détenir, de le déplacer, de le transporter ou de le tuer, et de détruire son nid. Un hérisson blessé ou en détresse doit être confié à un centre de soins de la faune sauvage, pas gardé à la maison.
Comment différencier les crottes de hérisson d’autres excréments ?
| Animal | Taille | Aspect | Où | Indice décisif |
|---|---|---|---|---|
| Hérisson | 2 à 5 cm × 1 cm | Cylindre noir brillant, un bout pointu | Isolée, à découvert, pelouse ou allée | Éclats brillants d’élytres d’insectes |
| Chat | 5 à 8 cm × 2 cm | Boudins bruns segmentés, mats | Enterrée dans la terre meuble, les massifs, le bac à sable | Odeur forte, terre grattée autour |
| Fouine / martre | 8 à 10 cm × 1,2 cm | Torsadée, effilée en pointe, poils et noyaux | En évidence : muret, rebord, toit, grenier, toujours au même endroit | Forme en tire-bouchon, odeur musquée forte |
| Renard | 5 à 10 cm × 2 cm | Torsadée, pointue, poils, os, noyaux, souvent grisâtre | Posée en hauteur sur une touffe, une pierre, au milieu d’un chemin | Odeur très forte, marquage visible |
| Rat | 1 à 2 cm × 0,5 cm | Fuselée, lisse, brun foncé | En groupes, le long des murs, près des composteurs et poulaillers | Plusieurs dizaines au même endroit |
| Lézard | 0,5 à 1 cm | Petit boudin noir avec une extrémité blanche (urates) | Pierres chaudes, rebords de fenêtre | Pointe blanche caractéristique |
| Crapaud | 2 à 4 cm × 1 cm | Noir, très semblable au hérisson, restes d’insectes | Près des points d’eau, sous les pots | Pas d’extrémité pointue, souvent plus humide ; présence d’un point d’eau |
Le piège le plus fréquent : la crotte de crapaud, elle aussi noire et pleine d’insectes. Si vous avez une mare, un bassin ou un jardin très humide, le doute est permis ; un piège photographique à 30 € tranche la question en une nuit.
La crotte de hérisson est-elle dangereuse pour l’homme ?
Le risque est faible et se gère avec de l’hygiène élémentaire, mais il n’est pas nul. Le hérisson peut héberger :
- Des salmonelles : fréquentes chez les hérissons, excrétées dans les crottes. Transmission à l’homme par les mains portées à la bouche après contact avec les crottes, le sol souillé ou l’animal. Gastro-entérite, plus sérieuse chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes fragiles.
- La teigne du hérisson (Trichophyton erinacei) : champignon de la peau, très fréquent, transmis par contact direct avec l’animal ou son nid. Plaques rouges qui démangent sur les mains ou les avant-bras. Bénin mais long à traiter.
- Des tiques et des puces spécifiques (la puce du hérisson ne s’installe pas sur l’homme ni sur le chat, mais les tiques peuvent transmettre la maladie de Lyme).
Les bons réflexes : ramasser les crottes avec un sac retourné ou une pelle, pas à main nue ; se laver les mains ; ne pas laisser les enfants jouer dans une zone souillée sans l’avoir nettoyée au jet ; porter des gants épais pour manipuler un hérisson blessé ; ne pas laisser le chien manger les crottes (il peut attraper salmonelles et parasites). Pas besoin de désinfecter la pelouse ni d’éloigner l’animal.
Crottes vertes, molles ou gluantes : le hérisson est malade
Une crotte normale est noire, ferme et brillante. Des crottes vertes, visqueuses, mousseuses ou pleines de mucus sont, pour les soigneurs de centres de faune sauvage, le signal d’alarme d’une infection digestive : parasitose intestinale (vers pulmonaires et intestinaux, très fréquents), salmonellose, ou entérite bactérienne, dont celle à Clostridium, que les centres de soins redoutent parce qu’elle tue vite les jeunes. Un hérisson qui laisse ce type de crottes est souvent amaigri, sort de jour, titube ou reste immobile. Il faut le signaler à un centre de soins (coordonnées ci-dessous) sans tenter de le soigner soi-même : les traitements antiparasitaires et antibiotiques exigent une pesée et un dosage précis.
Quel dégât peut faire un hérisson ?
Pratiquement aucun. Il ne creuse pas de terrier, ne ronge pas, ne s’attaque pas aux cultures. On lui reproche parfois :
- De petits trous coniques de 2 à 3 cm dans la pelouse ou le paillage : il déterre des larves de hanneton et des vers. C’est du désherbage biologique gratuit.
- De renverser une gamelle de croquettes laissée dehors pour le chat.
- Plus rarement, de manger un œuf tombé au sol ou un poussin dans un poulailler mal fermé. Il ne tue pas les poules adultes.
À l’inverse, c’est le jardin qui lui fait des dégâts : tondeuses robots nocturnes et débroussailleuses (premier motif d’arrivée en centre de soins), piscines sans rampe de sortie, filets de protection des fruits, granulés anti-limaces au métaldéhyde, feux de tas de branches non vérifiés.
Qu’est-ce qui attire le hérisson dans mon jardin ?
- De la nourriture vivante : un sol sans pesticides, des zones de pelouse non tondues, des feuilles mortes laissées sous les haies, un compost.
- Des passages : un trou de 13 × 13 cm au bas des clôtures et des murs suffit. Un jardin hermétique n’aura jamais de hérisson, quel que soit son attrait.
- Des abris : tas de bois, tas de feuilles, haie dense au pied libre, dessous d’un abri de jardin, roncier. Un gîte artificiel (caisse en bois avec une entrée de 13 cm et une chicane contre les chats) placé à l’ombre, entrée à l’opposé des vents dominants, est adopté dans la moitié des cas.
- De l’eau : une coupelle peu profonde, surtout en été. Les sécheresses tuent plus de hérissons que l’hiver.
Quelle est la nourriture préférée des hérissons ?
Insectivore avant tout : coléoptères (carabes, hannetons), chenilles, vers de terre, perce-oreilles, larves, araignées, mille-pattes. Il complète avec des limaces, des escargots, parfois un œuf, une charogne, des fruits tombés, des champignons. Il n’est ni végétarien ni amateur de racines.
Faut-il le nourrir ? Pas en temps normal : un jardin accueillant suffit. En période difficile (sécheresse estivale, automne pour les jeunes nés tard qui doivent atteindre 600 g avant l’hibernation), un complément aide :
- À donner : croquettes pour chat ou chaton de qualité (riches en protéines animales, pauvres en céréales), pâtée pour chat au poulet ou au bœuf, croquettes spéciales hérisson, de l’eau dans une coupelle lourde.
- À ne jamais donner : lait et produits laitiers (il est intolérant au lactose : diarrhée mortelle chez les jeunes), pain, pâtée au poisson, restes de table salés ou sucrés, fruits secs, noix et cacahuètes (s’étouffe), vers de farine séchés en quantité (déséquilibre calcium/phosphore qui déforme les os).
Posez la gamelle sous une caisse retournée avec une ouverture de 13 cm pour que les chats n’y accèdent pas, et retirez les restes au matin pour ne pas attirer rats et mouches.
Où se cachent les hérissons à l’extérieur ?
Le jour, il dort dans un nid de feuilles sèches et d’herbes tassées, à l’abri : sous une haie, un tas de bois, un cabanon, une terrasse sur plots, un roncier, parfois dans un composteur ouvert. Il change régulièrement de gîte diurne en été. Pour l’hibernation, de novembre à mars selon la région et la météo, il construit un nid plus épais (jusqu’à 50 cm de feuilles) dans un endroit sec et calme ; il peut se réveiller brièvement lors des redoux et sortir boire. Ne déplacez jamais un tas de feuilles ou de bois en hiver sans l’avoir inspecté, et vérifiez un tas de branches avant d’y mettre le feu.
Un hérisson vu en plein jour est presque toujours en difficulté (blessé, malade, affamé, ou une femelle dont le nid a été détruit) : placez-le dans un carton haut avec une bouillotte tiède enveloppée dans un linge et appelez un centre de soins. Même chose pour un jeune de moins de 300 g en octobre-novembre : il ne passera pas l’hiver.
FAQ
Les crottes de hérisson sentent-elles mauvais ?
Peu. Une odeur légèrement musquée de près, rien de perceptible à distance, contrairement au chat, au renard ou à la fouine.
Un hérisson fait-il toujours ses crottes au même endroit ?
Non, il n’a pas de latrines. Mais il suit les mêmes trajets chaque nuit, donc on retrouve souvent ses crottes dans les mêmes zones.
Comment savoir si un hérisson vit dans mon jardin ou ne fait que passer ?
Des crottes régulières plusieurs nuits de suite, des trous de fouille dans la pelouse et, surtout, un nid repéré sous un abri. Un piège photographique ou un « tunnel à empreintes » (encre et papier dans un tunnel en carton) donne la réponse.
Peut-on attraper quelque chose en touchant un hérisson ?
La teigne, surtout, et des salmonelles. Gants épais pour le manipuler, lavage des mains, pas de contact avec le visage.
Que faire si je trouve un hérisson malade ou blessé ?
Le mettre au chaud dans un carton, lui proposer de l’eau (pas de lait), et contacter un centre de soins de la faune sauvage : la LPO, le Sanctuaire des hérissons, ou le centre de votre région listé sur le site de l’Union française des centres de sauvegarde de la faune sauvage (UFCS). Ne pas le garder : c’est illégal et il a besoin de soins vétérinaires spécifiques.
Pour aller plus loin
- Crottes de fouine : comment les identifier
- L’étourneau dans le jardin
- Attirer les papillons dans son jardin
- Cafard de jardin : comment dire stop
Sources
- LPO — Fiches « Accueillir le hérisson au jardin » et conduite à tenir face à un hérisson en détresse
- Le Sanctuaire des Hérissons — identification des crottes, signes de maladie (crottes vertes, parasitoses), alimentation d’appoint
- Arrêté du 23 avril 2007 fixant la liste des mammifères terrestres protégés sur l’ensemble du territoire (Légifrance) — protection intégrale du hérisson d’Europe
- UICN, Liste rouge européenne des mammifères (mise à jour 2024) — Erinaceus europaeus classé « quasi menacé »
- Santé publique : salmonellose et teigne (Trichophyton erinacei) associées au hérisson — données des centres de soins et de la littérature vétérinaire






