Comment monter un mur en parpaing sur un mur existant ?

« Monter un mur en parpaing sur un mur existant » recouvre trois chantiers différents : surélever un mur (ajouter des rangs dessus), raccorder un nouveau mur perpendiculaire à un mur en place (extension, cloison de garage, retour de clôture), ou doubler un mur existant par un second mur parallèle. Les deux derniers posent la même question que personne ne traite correctement : comment ancrer le neuf à l’ancien pour que la jonction ne fissure pas, sans pour autant lier deux ouvrages qui ne bougeront pas de la même façon. Cet article détaille le raccordement et le doublage ; pour la surélévation, voir notre guide dédié rehausser un mur en parpaing existant.

Pourquoi monter un mur en parpaing contre un mur existant ?

Comment Monter un Mur en Parpaing sur un Mur Existant

  • Créer une pièce ou une extension : garage, abri, buanderie, dont un mur neuf vient buter perpendiculairement sur la façade ou sur le mur du voisin.
  • Cloisonner un grand volume en maçonnerie plutôt qu’en plaques de plâtre : sous-sol, cave, atelier.
  • Prolonger ou retourner une clôture à partir d’un mur ou d’un pilier existant.
  • Doubler un mur trop mince, humide ou dégradé : second parement de parpaings avec ou sans isolant entre les deux, en extérieur (contre-mur) ou en intérieur.
  • Fermer une ouverture (porte de garage, baie) : cas particulier du raccordement, traité plus bas.

Dans tous les cas, deux principes gouvernent : le mur neuf a sa propre fondation, et la liaison avec l’existant est soit rigide (harpage ou fers d’attente, si les deux ouvrages reposent sur des fondations comparables), soit souple (joint de désolidarisation + attaches glissantes, si les tassements risquent d’être différents). Lier rigidement un mur neuf sur semelle fraîche à une maison tassée depuis trente ans, c’est garantir une fissure à la jonction dans l’année.

Avant de commencer : trois vérifications

1. L’état du mur existant

Sondez-le au marteau : son plein = parpaing rempli ou béton, son creux = alvéoles vides. Repérez fissures, traces d’humidité, enduit qui sonne creux. Un mur fissuré en escalier ou humide à la base (remontées capillaires) ne reçoit pas d’ancrage rigide : on règle d’abord le problème, ou on opte pour une liaison souple.

2. La fondation

Le mur neuf ne peut pas « s’appuyer » sur l’existant : il lui faut une semelle filante en béton armé, hors gel (50 à 80 cm de profondeur selon la région, jusqu’à 1 m en montagne), de 40 à 50 cm de large et 25 à 30 cm d’épaisseur pour un mur de 20 cm, armée de deux filants HA10 ou d’une semelle préfabriquée. Elle vient au contact de la fondation existante, à la même profondeur si possible. Un mur de plus de 2,50 m, porteur ou en zone sismique relève d’un maçon ou d’un bureau d’études.

3. L’autorisation

Un mur qui crée une surface close et couverte (extension, garage) exige une déclaration préalable jusqu’à 20 m² (40 m² en zone urbaine couverte par un PLU) et un permis au-delà. Un mur de clôture suit les règles de votre commune (déclaration préalable si elle l’a instituée). Un mur en limite de propriété implique le voisin : impossible de s’ancrer dans son mur sans son accord écrit, et un mur mitoyen ne reçoit pas de scellement sans accord non plus.

Monter un mur en parpaing perpendiculaire à un mur existant : les étapes

Comment Monter un Mur en Parpaing Mur Existant

Choix des matériaux

  • Blocs creux 20 × 20 × 50 cm (B40) pour une clôture ou une cloison ; blocs pleins ou à bancher pour un mur porteur ou de soutènement. Blocs d’angle et blocs en U pour les chaînages.
  • Mortier de montage : 1 volume de ciment pour 3 à 4 volumes de sable 0/4, ou mortier bâtard (ciment + chaux) plus souple, ou mortier-colle pour blocs rectifiés.
  • Liaison : fers HA8 ou HA10 de 50 à 60 cm pour les fers d’attente, scellement chimique pour béton ou parpaing plein, résine à tamis pour parpaing creux ; ou équerres et attaches de maçonnerie galvanisées (type « attaches de liaison » à sceller) pour une liaison souple.
  • Chaînage vertical de raccord : 4 HA10 + étriers, béton dosé à 350 kg/m³.
  • Bande de désolidarisation (mousse polyéthylène ou liège de 10 mm) et mastic polyuréthane de façade pour le joint, si liaison souple.

Préparation du mur existant

  1. Tracez l’axe du nouveau mur sur le mur existant au niveau laser ou au fil à plomb.
  2. Décapez l’enduit sur une bande de 25 à 30 cm de large sur toute la hauteur : le mur neuf s’ancre dans la maçonnerie, pas dans l’enduit.
  3. Dépoussiérez, humidifiez la veille si le support est très absorbant.

La liaison : trois techniques

A. Le harpage (liaison rigide traditionnelle) : on ouvre des trous d’arrachement dans le mur existant, un rang sur deux, de la profondeur d’un demi-bloc, dans lesquels les blocs du nouveau mur viennent s’encastrer en quinconce. C’est la liaison la plus solide, réservée au cas où l’on peut percer franchement le mur (mur de clôture, mur non porteur) et où les deux ouvrages ont des fondations équivalentes. Long et salissant sur un mur enduit de façade.

B. Les fers d’attente scellés (liaison rigide courante) : tous les deux rangs (40 cm), percez le mur existant à 12-14 mm sur 12 à 15 cm de profondeur, soufflez, injectez du scellement chimique, enfoncez un fer HA8 ou HA10 qui dépasse de 40 à 50 cm. Ces fers sont pris dans les joints horizontaux du mur neuf, ou mieux dans un raidisseur vertical bétonné dans la première colonne d’alvéoles du nouveau mur. Sur parpaing creux existant, utilisez un tamis d’injection pour que la résine forme un bulbe dans l’alvéole. C’est la méthode standard pour fermer une baie ou raccorder une cloison intérieure.

C. Le joint de désolidarisation + attaches souples (liaison souple) : quand le mur neuf repose sur une fondation fraîche et l’existant sur une vieille fondation, ou pour une extension contre une maison, on ne lie pas rigidement. On intercale une bande de mousse de 10 mm entre les deux murs sur toute la hauteur, on relie par des attaches galvanisées en forme de L ou de Z scellées dans l’existant et prises dans les joints du neuf tous les 2 rangs (elles reprennent les efforts horizontaux, pas les tassements verticaux), et on ferme le joint par un mastic polyuréthane de façade. Le joint reste visible de 10 mm : c’est normal et c’est lui qui travaille à la place de la fissure.

Montage

  1. Sur la semelle durcie (7 jours), tracez l’implantation, posez le premier rang sur un lit de mortier de 2 à 3 cm, parfaitement de niveau et d’alignement au cordeau : tout se joue là.
  2. Montez les rangs à joints croisés (décalage d’un demi-bloc), joints de 1 à 1,5 cm, en vérifiant l’aplomb à chaque rang, surtout au droit de la jonction.
  3. Intégrez les fers d’attente ou les attaches au fur et à mesure, et bétonnez le raidisseur de jonction par passes de 60 cm.
  4. Raidisseurs intermédiaires tous les 3 m et aux extrémités libres ; linteaux préfabriqués ou coffrés au-dessus des ouvertures avec 20 cm d’appui de chaque côté.
  5. Chaînage horizontal en blocs U au sommet (2 HA10 filants, ligaturés aux raidisseurs) et au niveau de chaque plancher.
  6. Pas plus de 1,20 à 1,50 m de hauteur par jour sans chaînage : un mur frais non chaîné bascule au premier coup de vent.

Finition

Attendez 3 à 4 semaines de séchage avant l’enduit extérieur (monocouche ou traditionnel en deux passes) ou le plâtre intérieur. À la jonction avec l’existant, un enduit continu masquera une liaison rigide ; sur une liaison souple, l’enduit s’arrête de part et d’autre du joint, qui reste traité au mastic ou couvert par un profilé de joint de dilatation. Couvertine ou chaperon sur un mur extérieur non couvert.

Doubler un mur existant par un second mur en parpaing

Mur en Parpaing

Le contre-mur en parpaing sert à épaissir un mur trop mince, à créer une lame d’air ou un vide isolé, ou à reprendre un mur de soutènement fatigué. Règles :

  • Fondation propre, comme pour un mur perpendiculaire ; on ne charge pas la semelle existante en déport.
  • Vide de 2 à 5 cm entre les deux murs (lame d’air ventilée) ou isolant rigide (polystyrène extrudé, laine de roche) de 8 à 14 cm si l’objectif est thermique. Un contre-mur collé contre l’existant n’apporte presque rien en isolation et piège l’humidité.
  • Attaches murales galvanisées ou inox, 4 à 5 par m², scellées dans l’existant et prises dans les joints du neuf, inclinées vers l’extérieur avec un casse-goutte pour ne pas conduire l’eau vers le mur intérieur.
  • Chaînage du contre-mur en tête, lié au mur existant par des attaches, pas par un chaînage commun.
  • En extérieur, barbacanes (évents) en bas et en haut de la lame d’air, et drainage au pied.

Pour un vrai gain thermique, l’isolation par l’extérieur sous enduit ou sous bardage est moins chère et bien plus performante qu’un contre-mur en parpaings : le contre-mur se justifie surtout pour des raisons mécaniques ou d’aspect.

Fermer une ouverture dans un mur existant

Cas fréquent : condamner une porte de garage ou une fenêtre. Même principe que le raccord perpendiculaire, des deux côtés :

  1. Déposer la menuiserie et son dormant, piquer l’enduit sur 20 cm autour.
  2. Vérifier le seuil : couler une petite semelle ou poser sur le seuil béton existant s’il est sain, après nettoyage et accrochage.
  3. Sceller des fers d’attente HA8 dans les tableaux tous les deux rangs, de chaque côté.
  4. Monter en parpaings de même épaisseur, joints croisés, le dernier rang calé au mortier sous le linteau existant (jamais serré au point de charger le linteau : 2 cm de mortier compressé).
  5. Enduire après séchage, en reprenant le grain de la façade existante : la reprise reste souvent visible, prévoyez une peinture de façade complète si l’esthétique compte.

Coût et durée

Poste Fournitures Fourni-posé
Semelle filante béton armé 60 à 90 €/ml 120 à 200 €/ml
Mur en parpaing creux 20 cm, chaînages compris 30 à 45 €/m² 80 à 150 €/m²
Liaison à l’existant (fers scellés ou attaches + joint) 15 à 40 € par jonction 80 à 200 € par jonction
Enduit monocouche 10 à 15 €/m² 35 à 60 €/m²

Un maçon monte 8 à 12 m² de parpaings par jour hors fondations. Pour une extension, la maçonnerie représente 15 à 25 % du coût total du projet.

Les erreurs à éviter

  • Poser le mur neuf sans fondation, « sur la dalle » ou sur la terre tassée : il se fissure au premier hiver.
  • Lier rigidement une extension neuve à une maison ancienne : fissure verticale garantie à la jonction. Joint de désolidarisation.
  • Ancrer dans l’enduit ou dans un parpaing creux sans tamis : le scellement ne tient rien.
  • Oublier le raidisseur de jonction et le chaînage de tête : le mur travaille comme une série de blocs posés, pas comme une structure.
  • Monter plus de 1,50 m par jour sans étaiement.
  • Enduire un mur de moins de 3 semaines : le retrait fissure l’enduit.
  • Percer le mur du voisin ou un mur mitoyen sans accord écrit.

FAQ

Comment ancrer un mur à un mur existant ?
Par des fers HA8 ou HA10 scellés chimiquement dans l’existant tous les deux rangs et pris dans un raidisseur bétonné du mur neuf (liaison rigide), ou par des attaches galvanisées sur joint de désolidarisation (liaison souple) quand les fondations sont différentes.

Faut-il une fondation pour un mur en parpaing accolé à un mur existant ?
Oui, toujours : semelle filante hors gel, armée, au contact de la fondation existante. Le mur existant ne porte pas le nouveau.

Peut-on monter un mur en parpaing sur une dalle existante ?
Seulement une cloison légère non porteuse, si la dalle fait au moins 12 cm d’épaisseur et est armée. Un mur extérieur ou porteur a besoin d’une semelle sous la dalle.

Quel mortier pour parpaing ?
Mortier de ciment dosé à 1 pour 3-4 (environ 350 kg de ciment par m³ de sable), ou mortier bâtard, ou mortier prêt à l’emploi pour maçonnerie. Comptez 35 à 40 kg de mortier par m² de mur en blocs de 20.

Combien de temps attendre avant d’enduire un mur en parpaing neuf ?
3 à 4 semaines par temps sec, davantage en automne-hiver, pour que le retrait de la maçonnerie soit terminé.

Pour aller plus loin

Sources

  • NF DTU 20.1 — Ouvrages en maçonnerie de petits éléments : parois et murs (liaisons, chaînages, joints de fractionnement)
  • NF DTU 13.1 — Fondations superficielles (semelles filantes, profondeur hors gel)
  • Code de l’urbanisme, articles R421-9, R421-12, R421-14 (déclaration préalable et permis selon la surface créée)
  • Code civil, articles 653 à 673 (mitoyenneté : interdiction d’ancrage sans accord, article 662)

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